Le relativisme moral : Y a-t-il vraiment un bien ou un mal ?



Quelle sottise ! Évidemment qu'il y a un bien et un mal.


Tout le monde sait que tuer, voler et mentir c'est mal. Inversement, tout le monde sait que sauver des vies, être généreux et être honnête c'est bien.


Oui mais... l'est-ce toujours sans l'ombre d'un doute ? Qu'en est-il de tuer pour se défendre, de voler pour reprendre ce qui est sien, de ne pas dire la vérité lorsqu'elle blesse ? Chaque personne aura son avis sur ces questions. Mais si deux personnes peuvent avoir une idée différente de ce qui est bien ou mal, cela veut-il dire qu'il n'y a pas de définition unique ? Cela signifie-t-il qu'il n'y a pas dans l'absolu de bien ou de mal, mais plutôt des systèmes de pensée distincts auxquels nous adhérons et à travers lesquels nous acceptons de vivre nos vies ?


Voyons cela de plus près.


D'où viennent le bien et le mal ?



Dès les tout premiers pas de la civilisation humaine, nous avons tenté d'instaurer des règles afin de distinguer le bien du mal. Ces règles prennent souvent la forme de lois et sont un excellent moyen de renforcer ces notions dans la sphère publique. Le plus ancien code de loi remonte à il y a presque 4000 ans ! Le roi Hammourabi de Babylone (actuel Iraq) avait fait graver sur une stèle d'un peu plus de 2 mètres le code de lois le plus complet et le plus ancien jamais retrouvé.


Si la loi est un moyen efficace pour maintenir l'ordre, la religion de son côté aide à maintenir des règles dans la vie intime des gens lorsque personne ne regarde. Un moyen beaucoup plus puissant de renforcer la conception du bien et du mal dans les esprits. Ce mécanisme d'influence est né bien avant que le premier code de loi ait été écrit. Il remonte à il y a près de 7400 ans dans l'ancien lieu sacré sumérien Eridu (également en actuel Iraq). Sur papier, cela fait donc plusieurs milliers d'années que ces conceptions sont entretenues par l'humain.


Mais la notion du bien et du mal est sans l'ombre d'un doute encore plus ancienne qu'Eridu et Hammourabi. Elle est en quelque sorte l'évolution naturelle de la société humaine. De la même façon que nous avons découvert le feu, la roue et l'agriculture, nous avons développé ce concept utile afin d'assurer notre pérennité en tant qu'espèce. C'est grâce à cette idée que nous avons sereinement pu sortir de chez nous quotidiennement avec la certitude que les règles que nous respections nous-mêmes seraient à leur tour respectées par les autres membres de la société.


Sommes-nous aujourd'hui plus moraux qu'il fut un temps ?


Dans l'Antiquité du législateur athénien Dracon et de sa constitution draconienne, presque tous les crimes, aussi mineurs soient-ils, se traduisaient en mise à mort. Voler un simple chou vous aurait fait décapiter ou crucifier. Les dieux qui étaient vénérés étaient d'une violence inouïe. Après avoir détrôné son propre père en lui arrachant ses testicules et craignant la prophétie que l'un de ses enfants le détrônerait à son tour, le dieu grec Cronos dévore chacun de ses enfants au fur et à mesure que sa femme Rhéa les mettait au monde. Les us et coutumes de cette période étaient eux aussi fortement éloignés des nôtres. Une relation homosexuelle entre deux hommes adultes était reprochable. En revanche, une relation homosexuelle entre un homme adulte et un jeune garçon pubère était totalement conforme aux moeurs.


Il y a seulement quelques dizaines d'années, les relations avant le mariage étaient répréhensibles et les violence conjugales et infantiles étaient socialement acceptées.


Si nous croyons avoir une morale plus développée que les générations précédentes, et que nous pensons savoir ce qui est meilleur pour notre avenir, il faut se dire qu'il est très probable que nos ancêtres se soient également considérés comme ayant un sens de la morale supérieur.


Y a-t-il un pays plus moral qu'un autre ?



Le caractère du bien et du mal varie également d'une culture à une autre. Certains appellent cela le relativisme culturel. En France, manger du cheval ou du chien, c'est mal. En Chine, on ne voit pas la différence entre manger du cheval ou du chien et manger du porc. Au Japon, il est mal vu de sortir du lot ou de trop attirer l'attention sur soi. Aux États-Unis, se démarquer des autres est au contraire encouragé. Dans les pays arabes, on s'embrasse chaleureusement pour se dire bonjour, dans les pays d'Asie du Sud-Est, on aime garder ses distances et incliner légèrement la tête. Dans beaucoup de pays, il est tout à fait naturel pour une femme d'allaiter en public alors dans beaucoup d'autres, c'est considéré comme inapproprié.


Certains pays attribuent moins d'importance aux valeurs démocratiques. À Singapour par exemple, le même parti politique est au pouvoir depuis la création du pays. Le droit à manifester est extrêmement limité, une campagne électorale doit durer un maximum de 9 jours, le parti au pouvoir peut réorganiser à son avantage les frontières des circonscriptions électorales, et la liberté d'expression des opposants au pouvoir est réprimée. Ceci dit, le niveau de satisfaction de la population à l'égard du gouvernement et des services publics est supérieur de 24% aux autres pays de l'OCDE. En gros, la population valorise davantage l'ordre, la stabilité et la croissance économique que la démocratie.


Cela peut paraître insensé pour des occidentaux car beaucoup d'entre nous sacrifieraient volontiers un peu de stabilité et de croissance économique pour préserver nos libertés fondamentales. En effet, si nous regardons l'extérieur et que nous jugeons le reste du monde avec notre propre idée du bien et du mal, il devient facile de penser que nos valeurs sont supérieures aux valeurs des autres. Il est arrangeant de croire que « nous sommes plus avancés » et qu'ils nous rejoindront éventuellement. Mais cela reviendrait à ignorer l'histoire, les croyances, la culture et les souhaits de ces populations dans le moment présent. Peut-être qu'il n'y a pas dans ce cas une morale qu'il faut à tout prix rejoindre, mais plusieurs morales différentes optimisées en fonction du contexte culturel de chacun.


Plutôt à gauche ou à droite ?


S'il y a une différence de morale entre les pays, il y en a également au sein d'un même pays. Rien n'illustre mieux le relativisme moral que de rentrer dans un débat entre deux personnes ayant des convictions politiques qui s'opposent. Les deux sont fondamentalement convaincus qu'ils ont raison : « tu es trop idéaliste » d'un côté, ou « tu manques d'ouverture d'esprit » d'un autre. Ces confrontations sont tout à fait normales. Aucune personne ne porte des convictions politiques en se disant qu'elles sont les mauvaises.


Certains s'indignent lorsqu'ils apprennent que Bob Iger, le PDG de Walt Disney en 2020, a gagné 2816 fois plus que le salaire minimum dans son entreprise. Quel travail peut bien justifier une telle disparité ? D'autres répondront que la personne a dû travailler extrêmement fort pour arriver où elle en est et qu'elle porte la responsabilité de centaines de milliers de personnes.


Comment justifier l'empreinte carbone de certaines entreprises en pleine crise climatique ? Il y a de quoi s'abasourdir lorsqu'on apprend que l'empreinte carbone d'UNIQLO en 2020 est de 241 tonnes par employé. Afin de mettre ce chiffre en perspective, si l'on souhaite éviter les pires conséquences du dérèglement climatiques, la communauté scientifique estime qu'il faudrait conserver une empreinte carbone annuelle en dessous de 2 tonnes par personne. Cependant, certains affirmeront que les entreprises ne font juste répondre aux demandes des consommateurs, que c'est à eux de changer leurs habitudes s'ils souhaitent réellement un changement.


Peu importe les positions qu'on peut avoir aujourd'hui, il est important de noter que les convictions politiques changent très souvent au gré des événements. Les représentants politiques eux-mêmes changent régulièrement de posture ou de positionnement. Si la notion du bien et du mal était absolue et que tout le monde pensait détenir la vérité, rien ne changerait. Notre monde resterait figé, les mêmes candidats seraient élus encore et encore.


Or ça n'est pas le cas. On voit régulièrement émerger de nouveaux partis politiques. Les propositions d'il y a seulement 10 ans ne suffisent plus pour une grande partie de la population ou bien elles ne sont tout simplement plus adaptées.


Y a-t-il donc véritablement une façon de penser qui soit objectivement plus juste qu'une autre ? Si vous pensez que votre éthique est supérieure à celle du camp opposé, sachez que l'autre camp pense certainement la même chose de la leur face à la vôtre.


Un lion se fout du bien et du mal.


Une chèvre aussi. Un arbre également. De même pour la tarentule. Certains appellent cela une construction humaine. C'est-à-dire un concept qui n'existe que dans l'imaginaire humain et qui n'a en soi rien de naturel.


Du meurtre au vol, jusqu'au dérèglement climatique, nous avons simplement collé une étiquette à un concept qui nous pose collectivement problème à l'aide de notre capacité de réflexion et de collaboration.


Lorsqu'un lion a faim, il chasse et il tue. S'il le faut, il volera le butin d'un autre. À aucun moment, il ne se posera la question si ce qu'il fait est bien ou mal. Il agit en fonction de son instinct, conditionné par des centaines de milliers d'années d'évolution.


Rassure-moi, on est tous d'accord qu'un génocide c'est mal ?


Oui. Mais malheureusement, les génocides sont commis par des gens qui pensent que c'est pour le bien.


Toutes les plus grandes atrocités commises par l'Homme avaient une justification insidieuse acceptée par un assez grand groupe de personnes pour qu'elle se réalise. Ceux que nous jugeons comme mauvais ont eux-mêmes leurs propres idées de ce qui est bien et ce qui est mal. Lorsqu'une majorité au sein d'une société décide qu'un élément est bien ou mal, c'est à ce moment qu'il le devient. Autrement dit, l'histoire est écrite par les vainqueurs.


Avons-nous besoin d'une conception absolue du bien et du mal ?



Si nous ne savons plus ce qui est bien ce qui est mal, quel est le sens à la vie ? Pourquoi se lever le matin ?

Si plus rien n'est valorisé ou déconsidéré, il n'y a plus aucune raison d'aller travailler, d'étudier, et d'investir dans notre avenir. Nos discussions n'auraient plus aucun intérêt. La vie des autres n'a plus aucune valeur. Tout ce qui compterait, c'est de se procurer un plaisir dans l'immédiat.


La notion du bien et du mal, c'est un peu la seule chose qui nous différencie des autres espèces animales. C'est ce qui nous sépare d'une société chaotique où nous sommes simplement une autre pièce de la chaîne alimentaire d'un royaume animal extrêmement périlleux ? C'est ce qu'un parent a en tête lorsqu'il dit à son enfant « je suis fier de toi », ou bien « tu me déçois ».


Comprendre que la conception du bien et du mal peut varier d'un groupe à un autre aide à éviter des confrontations inutiles. Néanmoins, un seuil commun est souhaitable sans quoi la société sombrerait dans un enchevêtrement de conflits sans fin.


En d'autres mots, si nous ne voulons pas d'un Gotham City, il nous faut une idée commune de ce qui est bien et mal.


Chez Futurize, nous respectons vos convictions quelles qu'elles soient


Ce questionnement sur le relativisme moral est au coeur de l'application Futurize. Depuis nos débuts, nous nous positionnons davantage comme une plateforme démocratique que comme une structure ayant pour mission de sensibiliser. Nous n'avons pas vocation à convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit car chacun a sa propre notion de ce qui est bien et mal.


Sur l'application, toute personne peut choisir les critères qui sont pertinents lors de ses achats. L'idée étant d'apporter une information totalement neutre et factuelle afin d'éviter une quelconque moralisation en imposant arbitrairement une sélection de critères à nos utilisateurs.


Si une personne ne se sent pas concernée par l'environnement mais que la satisfaction des employés ou l'équité salariale lui tient particulièrement à coeur, soit. L'utilisateur est alors libre de choisir ces deux seuls critères, de visualiser le score d'impact des différentes entreprises, et de faire un achat informé qui correspond à ses propres valeurs.


Certes, on peut nous dire que nous sommes ceux qui choisissent les critères qui apparaissent sur l'appli et qu'ils ont une orientation plutôt progressiste. C'est vrai, mais c'est parce que nous voyons mal des consommateurs préférer acheter chez une entreprise plutôt qu'une autre simplement parce qu'elle a rapporté plus de profits à ses actionnaires. Mais qui sait ? Si ce critère d'évaluation nous ait demandé à l'avenir par une grande partie de notre base d'utilisateurs, nous le rajouterons.



Et vous, qu'en pensez-vous ? Croyez-vous qu'il y a un bien et un mal absolu, ou pensez-vous que ces notions sont relatives ?



Sources :


Code de Hammourabi

Larousse, É. (n.d.). Code de hammourabi. LAROUSSE. Récupéré le 31 mars 2022 de https://www.larousse.fr/encyclopedie/oeuvre/code_de_Hammourabi/111485


Eridu

Leick, Gwendolyn (2001). Mesopotamia: The invention of the city. London: Allen Lane. ISBN 0-7139-9198-4.


Dracon

J. David Hirschel, William O. Wakefield. Criminal Justice in England and the United States. Ed. Greenwood Publishing Group, 1995. ISBN 9780275941338. p.160.


Cronos

Encyclopædia Britannica, inc. (n.d.). Cronus. Encyclopædia Britannica. Récupéré le 31 mars 2022 de https://www.britannica.com/topic/Cronus


Moeurs dans la Grèce Antique

Bisexuality in the ancient world. Bi.org. (n.d.). Récupéré le 31 mars 2022 dehttps://bi.org/en/articles/bisexuality-in-the-ancient-world


Habitudes alimentaires en Chine

Rupert Wingfield-Hayes (29 June 2002). "China's taste for the exotic". BBC News.


Salutations à travers le monde

Arcéos. (1970, 19 mars). Accueil. Une agence à l'écoute. Récupéré le 31 mars 2022 de https://www.arceos.fr/les-differentes-manieres-de-se-saluer-dans-le-monde/


Allaitement à travers le monde

Harrus, F. (2015, 26 mars). Allaitement en public : Cachez ce sein... Récupéré le 31 mars 2022 de 2022, from https://www.francetvinfo.fr/monde/allaitement-en-public-cachez-ce-sein_3066667.html


Démocratie à Singapour

PolyMatter. (2021, July 3). Singapore: The World's only successful dictatorship? YouTube. Récupéré le 31 mars 2022 de


Satisfaction de la population singapourienne à l'égard de son gouvernement et de ses services publics

Gov at a glance sea country factsheet - OECD. (n.d.). Récupéré le 31 mars 2022 de https://www.oecd.org/gov/gov-at-a-glance-sea-country-factsheet-singapore.pdf


Changement climatique, 2 tonnes par personne :

La-Croix.com. (2009, 7 décembre). Deux tonnes de CO2 par habitant, comment faire ? La Croix. Récupéré le 31 mars 2022 de https://www.la-croix.com/Ethique/Sciences-Ethique/Sciences/Deux-tonnes-de-CO2-par-habitant-comment-faire-_NG_-2009-12-07-569882

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